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| Gastronomie et restauration |
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Un Pays à croquer
La haute cuisine entre au jardin
Entretien avec Alain Passard
Alain Passard orchestre
depuis 20 ans les cuisines de l'Arpège, restaurant qu'il
a créé à Paris.
Trois étoiles au Guide Michelin, rarement décernées,
distinguent le chef en 1996. Le chemin emprunté par Alain
Passard est guidé par la curiosité. |
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Alain Passard nous a accordé
cet entretien où se dessine une géographie intime entre
la cuisine, le potager et La Guerche-de-Bretagne. Natif de cette commune,
il y a vu naître sa vocation.
Comment est née votre vocation pour
la cuisine ?
Je remarque d'abord que je suis né dans
un village gourmand, La Guerche-de-Bretagne. Y oeuvraient des artisans
de grande qualité, boulangers, charcutiers
dans une
commune dont la vie et celle des cuisines était rythmée
par le marché du mardi, l'un des plus importants de la région.
La table occupait une place centrale dans la vie des familles, particulièrement
dans la mienne. J'assistais avec envie aux préparations des
repas, j'ai vite voulu y participer.
J'ai donc été bercé dans un contexte savoureux
mais aussi dans un environnement où la gestuelle a toute
son importance. Un grand-père vannier, une mère couturière,
un père musicien, une grand-mère cuisinière,
chacun accordait à sa gestuelle la richesse d'un langage.
L'agilité des mains, la souplesse des doigts, la mesure et
la précision en étaient les conditions. Ma grand-mère
aura été la plus déterminante : elle a repéré
ma curiosité insatiable et une gourmandise que je ne renie
pas. L'amour et le respect étaient réciproques.
Quelle a été votre formation
?
Je suis passé par plusieurs écoles
qui ont orienté mon approche de la cuisine : l'école
du feu, essentielle pour la cuisson, l'école du goût,
pour l'assaisonnement, l'école du geste fondamentale dans
le maniement des produits. Tout cela au fil des ans, de l'héritage
grand-maternel à mon apprentissage auprès du chef
Michel Kerever à l'hôtellerie du Lion d'Or à
Liffré, près de Rennes. Son enseignement, très
rigoureux, m'a doté d'un savoir et d'un savoir-faire auxquels
je me réfère, jour après jour, dans ma création,
dans ma réflexion.
La curiosité vous a guidé
tout au long de votre parcours, ponctué de nouvelles orientations
J'ai en effet la " main curieuse ",
qui se plait à convoquer des "tissus" différents.
Après avoir découvert le tissu animal, j'explore la
richesse du tissu végétal. Je vis ainsi une deuxième
vie de cuisinier. La création d'un potager à Fillé-sur-Sarthe
a donné de l'ampleur à ma recherche et à ma
création. Ce potager d'une surface de quatre hectares fait
vivre la cuisine de l'Arpège. Il me permet de restituer la
justesse des tonalités, le rythme des saisons. Ma cuisine
à L'Arpège se fait l'écho de cette vivacité.
Dans cette commune qui a vu naître
votre talent, La Guerche-de-Bretagne, un lycée hôtelier
forme des cuisiniers de haut niveau. Quel conseil leur donneriez-vous
?
Je souhaite d'abord leur transmettre un message
d'enthousiasme et de bonheur, leur dire qu'ils se sont engagés
bien plus dans une aventure qu'un métier. La cuisine est
un lieu où ils ne seront jamais déçus. La cuisine
est une de ces passions qui ignorent la lassitude ; ils s'épanouiront
dans des moments de créativité, de partage et de complicité.
C'est cet esprit qui insuffle notre quotidien à L'Arpège.
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