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2008-04-10 09:48:45
Patrimoine culturel immatériel L’écrit au secours du gallo
L’association Chubri œuvre en faveur du développement de la langue gallo
6700 langues sont encore parlées dans le monde ! Cette richesse pourrait être menacée : Les linguistes craignent la disparition de la moitié d’entre elles d’ici 2100. Le gallo est-il exposé ? Cette langue romane était encore dominante dans les campagnes il y a un demi-siècle, dans une large zone s’étendant sur les trois cinquièmes est de la Bretagne dite « historique », y compris en Loire-Atlantique. Le gallo connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. L’association Chubri a fait de sa préservation sa cause. Basée à Retiers, puis à Rennes depuis novembre 2008, elle s’est engagée dans un long travail de collecte et de transcription. Car l’écrit reste un passage obligé pour la perpétuation d’une langue. Entretien avec Bèrtran Ôbrée, directeur de l’association Chubri.
Le gallo, c’est quoi : une langue, une culture ?
Je reste réservé sur la notion de « culture gallèse ». Le gallo, lui, est un fait assez identifiable : c’est une langue romane, héritière du latin laissé par l’empire romain. Le roman était au IXème siècle la langue de la majorité de la population dans l’est de l’Armorique, sur un territoire presque identique à l’actuel pays gallo. Le gallo n’est donc ni un « français déformé », ni un « patois » : ces approches correspondent à une dévalorisation des langues de France.
L’ancrage territorial du gallo couvre l’Ille et Vilaine, la Loire-Atlantique, les deux tiers est des Côtes d’Armor et le tiers est du Morbihan. On commence à voir des jeunes la pratiquer au quotidien, et sa reconnaissance se fait peu à peu. Dès 1983, la langue était inscrite dans la liste des langues optionnelles pour les épreuves orales du baccalauréat. Elle est par ailleurs étudiée à l’université. Le droit international contient des dispositions en faveur du respect des minorités linguistiques. C’est aussi dans ce cadre que nous œuvrons.
Par quoi passe sa préservation ?
Bien sûr, il faut d’abord faire de l’inventaire : collecter et analyser comment on parle pour transmettre les usages langagiers. Émerge aujourd’hui la prise de conscience suivante : la vie d’une langue dépend des espaces de pratique. L’approche strictement patrimoniale s’accompagne d’une approche en termes de droits : comment assurer le droit à parler gallo y compris dans la vie publique, à l’apprendre, etc.
L’ambition patrimoniale concerne donc l’enregistrement d’une langue telle qu’elle se parle encore aujourd’hui ?
Oui, le collectage est l’amont de notre action. Nous cherchons à éviter un trop fort décalage entre le gallo amené à se diffuser aujourd’hui et ce que parlent les anciens. La connaissance de l’existant est très importante ; à ce titre le récent dictionnaire « Le Petit Matao » est un outil précieux pour notre travail. Il s’agit aussi de recueillir et valoriser la diversité des parlers tout en mettant en relief des bases communes. Et parallèlement, nous cherchons à contribuer à une adaptation de la langue aux réalités d’aujourd’hui (nouvelles technologies par exemple). D’une part nous recensons des usages nouveaux dans des conversations orales, dans des courriels, où des locuteurs font preuve d’inventivité. D’autre part nous travaillons à une harmonisation des nouveaux termes à l’occasion de traductions.
Car c’est au travers de l’écrit que se joue la survie du gallo ?
La diffusion de la langue est l’aval de notre action. Pour réussir cela, la transcription de la langue est incontournable. Réduire une langue à sa pratique orale, c’est la condamner, dans une civilisation où l’écrit prédomine. Il y a donc un vrai défi. La transmission passe aussi par le développement d’outils pour l’enseignement. Nous proposons désormais un protocole de lecture et d’écriture ; mais nous travaillons aussi sur de la documentation sonore qui pourrait faciliter l’apprentissage de la prononciation.
Contact : Chubri, 02.99.84.08.87
www.chubri.org
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