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Vie associative : Regain du chanvre
Une plante enracinée dans notre histoire
- 9- 2006 - 11: 0
L’association Les Noyales et le Pays Touristique des Portes de Bretagne promeuvent cette plante

XVème, XVIème, XVIIème : trois siècles d’or pour la Bretagne, pour le Pays de Vitré. Parmi les sources de richesse, le chanvre occupe une place de premier rang pour sa culture, son tissage et son commerce. L’association Les Noyales, créée en 1996, tente de réhabiliter cette plante, en mettant à jour ses heures de gloire à Noyal-sur-Vilaine et dans le Pays de Vitré. Le Pays Touristique des Portes de Bretagne amplifie cette valorisation par la création du «Circuit des Toiles» entre Vitré, Noyal-sur-Vilaine, Chateaugiron et La Guerche-de-Bretagne.
Méconnus, les multiples usages du chanvre pourraient lui promettre un riche avenir. Entretien avec Monique Le Charlès, secrétaire de l’association Les Noyales.

Pouvez-vous en quelques mots nous présenter le chanvre ?
MLC : Cette plante herbacée est à ranger aux côtés du houblon ou de l’ortie dans la famille des Cannabinacées. Elle est cultivée pour sa tige et pour ses graines. La première sera transformée en fibres textiles, les secondes ont des vertus gastronomiques.
Elle nous vient de Chine où son usage est attesté dès 5000 ans avant Jésus-Christ. Elle se répand sur les terres occidentales et des documents écrits témoignent de la confection de toiles de chanvre dès le XIIIème siècle dans notre région. La toponymie locale est révélatrice. Des villages comme «Chénevière» et probablement « Le Theil-de-Bretagne » tiennent leur nom de l’exploitation de cette plante.

L’histoire du Pays de Vitré – Porte de Bretagne est fortement liée à celle du chanvre. Elle lui assurera même une économie florissante…
MLC : Pour cela, il faut remonter aux XVème, XVIème et XVIIme siècles. La culture du chanvre se développe en Bretagne, notamment dans le Pays de Vitré. La campagne environnant la ville de Vitré se spécialise dans sa culture. Le chanvre est également filé et tissé sur place. La marine à voiles constitue le débouché principal : les voiles des navires et les emballages de marchandises sont fabriqués à partir de cette toile dite la « Canevas ». La Confrérie des Marchands d’Outremer, basée à Vitré, en assure la vente vers les Flandres, l’Espagne et l’Angleterre. La chaîne économique, de la culture à la commercialisation, est complète. Malheureusement, les Guerres de religion entament cette fortune.
Nous sommes à la fin du XVIème siècle ; Vitré est une ville protestante. Les troupes de la Ligue, menées par le Duc de Mercoeur ravagent la région. Cependant, la zone de tissage se décale vers le sud, sur une bande allant de Noyal-sur-Vilaine à La Guerche-de-Bretagne. Un tisserand noyalais renforce la qualité des toiles, le succès est assuré pour les « Noyales » : les marines d’Espagne, du Portugal, des Pays-Bas et de France en sont équipées.

Le règne du chanvre s’effrite cependant. Pourquoi ?
MLC : La culture du chanvre connaît plusieurs sursauts. Les toiles sont, en quelque sorte, victimes de leur succès. Louis XIV les range dans les « matériels de guerre », ce qui implique la fin des exportations vers les Pays-Bas et l’Angleterre. Le marché se réduit donc à la France et à l’Espagne : une «Rue des Bretons» à Sanlucar-de-Barrameda au sud de l’Espagne indique la présence de marchands vitréens à cette époque. Le dernier coup d’éclat des toiles locales est d’avoir équipé les flottes qui naviguèrent le long de la côte américaine pour la Guerre d’Indépendance : 800 métiers à tisser sont recensés entre Noyal-sur-Vilaine et La Guerche-de-Bretagne. Le XIXème siècle lui sera pourtant fatal. Les filatures du nord toutes récentes marquent l’entrée du textile dans l’ère industrielle. Les manufactures produisent des toiles à bien meilleur marché. Le coton et la jute encore exotiques, sont préférés au chanvre. La fabrication rurale, disséminée et familiale ne s’est pas modernisée et ne résiste pas.

Aujourd’hui, le chanvre connaît un regain d’intérêt. Pourquoi ?
MLC : Sa culture n’a pas tout à fait disparu et des agriculteurs, en quête de diversifications, sont prêts à la reprendre. Le chanvre est toujours d’usage pour le textile, le cordage, le papier fin. On lui connaît de nouvelles vocations. Il est sollicité pour les produits cosmétiques, utilisé pour l’isolation des logements ou encore en plasturgie. Enfin, la gastronomie le remet à l’honneur : le chanvre est riche en Omégas 3 et Omégas 6. Conditionné en huile ou en farine, il se prête à de nombreuses variations. Nous nous employons à le promouvoir auprès des restaurateurs locaux en partenariat avec le Pays Touristique des Portes de Bretagne… Car si le chanvre n’a pas dit son dernier mot, il lui faut garantir de nouveaux débouchés.

Contact : Association Les Noyales, Association de recherches historiques de Noyal-sur-Vilaine
02.99.04.09.91
lesnoyales@aol.com

Information :
L’association organise chaque année « Le salon du chanvre utile », un week-end durant la deuxième quinzaine d’avril à Noyal-sur-Vilaine. La prochaine édition mettra à l’honneur la gastronomie.

Le « Circuit du chanvre ».
Renseignements auprès du Pays Touristique des Portes de Bretagne
02.99.44.58.54
 

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